L’aérodrome de Challes-les-Eaux menacé par l’urbanisation : le CSVVA contraint de déménager

L’aérodrome de Challes-les-Eaux menacé par l’urbanisation : le CSVVA contraint de déménager

Un patrimoine aéronautique centenaire face aux promoteurs immobiliers

L’aérodrome de Challes-les-Eaux, véritable joyau du patrimoine aéronautique savoyard, traverse une période difficile. Après la fermeture des thermes, c’est au tour de ce site historique d’être impacté par la pression immobilière croissante sur le territoire de Challes-les-Eaux. Le Centre Savoyard de Vol à Voile Alpin (CSVVA), présent depuis plus de 50 ans, doit faire face à une situation inédite qui perturbe son existence même.

Une histoire aéronautique riche remontant au début du XXe siècle

chambery aviation 1913
Chambéry Aviation 1913

L’aérodrome de Challes-les-Eaux n’est pas un équipement récent. Son histoire débute en 1913, époque où l’aviation balbutiante cherchait des terrains adaptés aux premiers vols en montagne. Ce terrain a joué un rôle pionnier dans l’épopée de l’aviation alpine, accueillant de nombreux pilotes qui tentaient l’aventure du Mont-Blanc et autres sommets prestigieux.

Le CSVVA, quant à lui, fête ses 50 ans d’existence sur ce site exceptionnel. Cinquante années durant lesquelles le club a contribué à maintenir vivante la tradition du vol à voile, formant des générations de pilotes et participant au rayonnement de Challes-les-Eaux bien au-delà des frontières régionales.

Avec 8 000 heures de vol annuelles et 5 000 mouvements, l’activité de vol à voile représente l’essentiel du trafic aérien sur l’aérodrome. Cette activité intense témoigne de la vitalité du site et de son importance dans le paysage aéronautique régional.

Le CSVVA est le premier club de France pour les jeunes s’innitiant au vol en planeur, et le 3° club de France. Le club de Planeurs est très important pour la découverte de jeunes talents grâce aux formations organisées et notemment aux compétitions telles que le Planeur académie.

La vente des bâtiments : une décision de Chambéry Métropole aux conséquences lourdes

L’aérodrome de Challes-les-Eaux appartient à Chambéry Métropole, une situation qui génère des problématiques foncières complexes. Le terrain s’étend sur trois communes : Challes-les-Eaux, Barby et La Ravoire, ajoutant une dimension intercommunale aux enjeux urbanistiques.

Projet d’aménagement comprenant un hôtel de 380 m² (rez-de-chaussée surélevé et 1er étage), un restaurant de 170 m² aux 2e et 3e étages – intégrant la base de l’ancienne tour de contrôle – avec terrasse sur le toit de 130 m², ainsi qu’une extension de 175 m² prévue.
Projet d’aménagement comprenant un hôtel de 380 m² (rez-de-chaussée surélevé et 1er étage), un restaurant de 170 m² aux 2e et 3e étages – intégrant la base de l’ancienne tour de contrôle – avec terrasse sur le toit de 130 m², ainsi qu’une extension de 175 m² prévue.

La décision de vendre plusieurs bâtiments emblématiques du site au promoteur immobilier Covarel (ACTIMA) marque un tournant dramatique pour la communauté aéronautique locale. La tour de contrôle, désaffectée depuis plusieurs années, a été cédée pour être transformée en restaurant avec quelques chambres d’hôtes devant ouvrir le 29 août 2025. Si cette reconversion peut paraître cohérente, c’est la vente des trois bâtiments principaux (B1, B2 et B3) ainsi que de l’espace camping qui pose de véritables problèmes.

Ces bâtiments, qui abritaient le bar/cantine la Folle Envolée, les dortoirs et les installations nécessaires à la vie du club, doivent être libérés avant le 15 septembre. Le projet prévoit leur démolition pour construire un complexe de bureaux, (de type Serre Bio-climatique en bois et verre) effaçant définitivement des décennies d’histoire et de souvenirs.

Des infrastructures essentielles promises à la destruction

Cantine aérodrome CSVVA Challes Les Eaux
Cantine aérodrome CSVVA Challes Les Eaux

Le bâtiment B1 abritait la cantine, véritable cœur de la vie sociale du club. Ce lieu de convivialité où se retrouvaient pilotes, élèves et instructeurs jouait un rôle crucial dans la transmission des savoirs et le partage d’expériences. C’est dans ces moments informels que se forgeaient les compétences, que s’échangeaient les retours d’expérience et que se tissaient les liens de solidarité indispensables à la sécurité aérienne.

Les bâtiments B2 et B3 servaient de dortoirs, offrant un hébergement économique (environ 10 euros la nuitée) particulièrement apprécié des jeunes pilotes et des stagiaires. Cette accessibilité financière était un atout majeur pour démocratiser la pratique du vol à voile, activité souvent perçue comme coûteuse.

L’espace camping permettait d’accueillir à l’année les caravanes et tentes des membres permanents, créant une véritable communauté résidentielle temporaire autour de la passion aéronautique.

Un patrimoine social et culturel en péril

La disparition de ces infrastructures ne se limite pas à une simple question immobilière. Elle menace tout un écosystème social et culturel qui s’est développé autour de l’aérodrome depuis des décennies. Les vélivoles, ces passionnés du vol à voile, ont développé un mode de vie particulier, rythmé par les conditions météorologiques et les exigences de leur activité.

Un pilote de planeur type se lève tôt, prépare son appareil, participe au briefing météorologique, vole selon les conditions, puis consacre sa soirée à l’entretien de son planeur et aux échanges avec ses pairs. Cette vie communautaire, rendue possible par la présence des infrastructures d’accueil, permet une pratique intensive et sécurisée de l’activité.

La fermeture de l’hôtel-restaurant « Les Ailes », situé de l’autre côté de la route et reconverti en centre d’hébergement pour jeunes migrants, accentue encore les difficultés d’hébergement pour les pratiquants.

Des solutions de relogement insuffisantes

Face à cette situation, des solutions de substitution sont en cours d’étude, mais elles paraissent largement insuffisantes. Un nouveau camping doit être aménagé dans un triangle situé à l’ouest de la piste hors zone PPRI, mais sa superficie sera considérablement réduite par rapport à l’installation actuelle.

Selon nos informations, le produit de la vente des bâtiments devait initialement permettre la reconstruction d’infrastructures équivalentes. Cependant, la ville de Chambéry récupère la moitié de cette somme en vertu de textes réglementaires, limitant d’autant les possibilités de reconstruction.

Seuls quelques équipements de base sont garantis : des sanitaires et éventuellement un petit club-house ou une cuisine sommaire pour les repas. Ces installations, bien que nécessaires, ne permettront pas de maintenir la qualité de vie et l’attractivité qui faisaient la réputation de l’aérodrome.

L’impact économique d’une décision contestable

La transformation de l’aérodrome ne se limite pas à ses aspects patrimoniaux et sociaux. Elle aura également des répercussions économiques significatives. Plusieurs entreprises spécialisées dans l’aéronautique sont implantées sur le site : Stralpes Aéros, des écoles de formation en planeur et ULM, ou encore Stem, société spécialisée dans les baptêmes de l’air et les vols de prestige.

Pour Info, Stralpes aéro est une entreprise leader en Europe dans la conception de planeur et d’équipements en fibre,

Ces entreprises vivent de leur activité aéronautique tout au long de l’année et participent à l’économie locale. Elles emploient des instructeurs, des mécaniciens, du personnel d’accueil et génèrent un flux de visiteurs qui bénéficie aux commerces de Challes-les-Eaux.

L’aérodrome attire également des pilotes extérieurs qui venaient spécifiquement pour la qualité de l’accueil, notamment la possibilité de se restaurer et de se loger sur place. Cette clientèle risque de se détourner vers d’autres sites mieux équipés, privant la commune d’une source de revenus non négligeable.

Une problématique urbaine plus large

L'immeuble de bureaux aura une superficie de 5 000 m², incluant notamment 2 100 m² de bureaux, 1 700 m²
de zones de circulation et de rencontre entre salariés et visiteurs
L’immeuble de bureaux aura une superficie de 5 000 m², incluant notamment 2 100 m² de bureaux, 1 700 m² de zones de circulation et de rencontre entre salariés et visiteurs

La situation de l’aérodrome s’inscrit dans une problématique plus large d’urbanisation intensive du territoire de Challes-les-Eaux. Après la fermeture des thermes, qui avait déjà porté un coup au patrimoine thermal de la commune, c’est au tour du patrimoine aéronautique d’être sacrifié au profit de projets immobiliers.

Cette tendance interroge sur la stratégie de développement territorial adoptée par les collectivités locales. Privilégier systématiquement la construction de nouveaux bâtiments au détriment des activités existantes et du patrimoine historique peut-elle constituer une vision durable du développement local ?

Les habitants et usagers de Challes-les-Eaux s’inquiètent légitimement de cette évolution qui tend à gommer progressivement l’identité spécifique de leur commune. L’aérodrome et son activité de vol à voile constitue un élément distinctif fort, contribuant à l’image et à l’attractivité de Challes-les-Eaux.

Des enjeux patrimoniaux et identitaires

Au-delà des aspects pratiques et économiques, c’est toute une mémoire collective qui risque de disparaître. L’aérodrome de Challes-les-Eaux fait partie intégrante de l’histoire locale, au même titre que les anciennes installations thermales. Ces sites témoignent d’époques révolues mais constituent des repères identitaires précieux pour les habitants.

La disparition progressive de ces éléments patrimoniaux appauvrit le territoire et le prive de ses spécificités. Dans un contexte de banalisation croissante des paysages urbains et périurbains, préserver des lieux chargés d’histoire et d’activités originales devrait constituer une priorité.

Les défis de l’avenir

Face à cette situation, le CSVVA et l’ensemble de la communauté aéronautique de Challes-les-Eaux doivent relever de nombreux défis. Il leur faut non seulement s’adapter aux nouvelles contraintes matérielles, mais aussi maintenir l’attractivité de leur site et la cohésion de leur communauté.

La réduction drastique des capacités d’hébergement et de restauration risque de décourager les jeunes pilotes, pour qui l’aspect financier est crucial. Cette évolution pourrait compromettre le renouvellement des générations et, à terme, la pérennité de l’activité elle-même.

La question se pose également de savoir si d’autres équipements de l’aérodrome ne seront pas concernés par de futures opérations immobilières. Les hangars, actuellement préservés, pourraient-ils subir le même sort ? Cette incertitude pèse sur les investissements et les projets à long terme du club.

L’exemple de l’aérodrome de Challes-les-Eaux illustre parfaitement les tensions qui existent entre développement urbain et préservation du patrimoine. Il questionne également la capacité des collectivités locales à concilier croissance démographique, besoins de logements et maintien de l’identité territoriale.

Dans un contexte où les citoyens sont de plus en plus sensibles aux questions patrimoniales et environnementales, ces choix d’aménagement méritent un débat public approfondi, associant l’ensemble des acteurs concernés à la réflexion sur l’avenir du territoire.

Sources : décision communautaire Chambery Metropole : https://www.grandchambery.fr/fileadmin/mediatheque/Oxyad/DelmDec/indexdelm_20200227/Acte7895.pdf

2 commentaires sur « L’aérodrome de Challes-les-Eaux menacé par l’urbanisation : le CSVVA contraint de déménager »

  1. Bonjour à tous,
    Je tombe, par hasard, sur cet article et suis atterré de constater la menace sur le site aéronautique tellement réputé de Challes.
    Personnellement, je viens d’avoir 80 ans. J’étais notaire à Pleine-Fougères, petite localité d’Ille-et-Vilaine, proche du (vrai) Mont Saint-Michel.
    J’ai repris le planeur en 1999 à Challes; j’avais 54 ans et je suis venu en stage assidument tous les ans pendant 15 jours en Juillet/Août jusqu’en 2013, soit pendant
    15 an. Grâce à la qualité de l’organisation du club et des
    instructeurs j’ai pu effectuer plus de 300h de vol.
    Je conserve dans un coin de mon cerveau de magnifiques souvenirs des beaux vols et des belles rencontres.
    J’espère que tout sera fait pour conserver ce beau patrimoine.
    Salutations amicales à ceux qui se rappelleront de moi.
    Philippe

    1. Bonjour Philippe,
      je pense que votre témoignage fera plaisir à tous les vélivoles fréquentant le CSVVA et l’aérodrome de Challes Les eaux.
      Amicalement
      Daniel

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